Olivier Lardeux
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Résidence photographique à Antsirabé (Mad.) pour la revue Fragments
Texte de Ryan Izika
Un souvenir me hante tandis que je suis les méandres de cette mémoire qui me ramènent à la ville nichée entre les collines.
Je repense aux battements rythmant son cœur, comme des coups au centre d’une plaie éveillée et vivante. Je revois ses habitants laborieux courir ou marcher simplement vers une tâche diligente.
J’entends les pas feutrés de quelques invisibles, silhouettes penchées seau à la main. Leur voix mélodieuse me parvient en s’immisçant par un pan de la porte, celle-ci s’épand en éclats et ses échos s’en vont, rejoignent un bourdonnement qui grésille au-dehors.
Je ressens l’appel du sel des montagnes. Il prend la forme d’une chaîne mécanique ébranlée par un conducteur debout sur les pédales. Son pantalon usé est constellé de graisse et la lumière transperce les nuages et tombe le long de ses épaules.
Je comprends alors mon soupçon, sans que l’on ne m’en ait murmuré la réponse. Ce sera une histoire qui se répète, encore une parmi tant d’autres. Mais comme toutes les autres, elle sera unique. Ni totalement triste, ni tellement joyeuse. Elle ne sera pas réellement héroïque non plus. Elle s’attachera seulement à suivre ces martèlements en saccades. Comme des coups au milieu d’une blessure consciente et vive.
Il y a l’odeur de l’eau qui éclabousse, qui injecte la vie et qui continue la sienne incessante. Il y a l’odeur de l’eau qui croupit, qui distille la petite mort en même temps que des restes de chair et d’os se désagrègent en son manteau.
Il y a toutes les couleurs que la terre ait portées. Celles des épices, des tissus et des desseins en agglomération. Il y a les nuances de peaux calcinées par le feu et par l’alcool ; sans rien dire, elles soutiennent le poids du monde sur leurs omoplates.
Il y a l’intégralité de ce qui est possible et imaginable : des machines rafistolées, fonctionnelles ; des sourires solides et sincères, des sifflements à l’unisson d’une musique et de danses spasmodiques.
Il y a une joie incroyable, presqu’impossible. Il n’y a aucune excuse parce que vivre correctement est le faire sans se retenir.
Elle sera. Tant que son cœur battra et que l’envie de poursuivre ses propres rêves rythmera ses pas.
Elle continuera à s’éprendre des nouveaux visages, laissant entrer leurs voitures essoufflées dans une brèche de ses murs. Elle les verra s’enthousiasmer, abandonnant à leurs soins les préparatifs d’authentiques fiançailles.
Indulgente, elle sourira en les voyant plus d’une fois manger le goudron. Elle essuiera cent fois la sueur qui perle sur les tempes au prix de cent crépuscules.
Elle dira finalement adieu à ces visiteurs dont elle n’avait pas absolument besoin. Elle le fera au halo indifférent de sa consubstantielle lumière, sans verser une larme et cela en sera la preuve.
Elle les aura pourtant accueillis, cachés lorsqu’ils l’ont demandé à ses remparts. Elle aura accueilli leurs naissances et enterré pudiquement leurs morts.
Et cela aussi sera une preuve. Celle de sa grandeur.
Ryan Izika

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Le sel des montagnes, Antsirabé
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